Bien des livres prétendent expliquer les problèmes posés par la banque, mais la plupart ne vont pas au fond des choses. Certains auteurs font porter le chapeau de la crise financière de 2007‐2008 à des banquiers âpres au gain, escroquant la veuve et l’orphelin. Les histoires de scandales financiers peuvent être distrayantes un moment, mais on passe à côté du problème en attribuant tous les maux à des aspects immuables de la nature humaine. Et ce n’est pas cela qui empêchera la prochaine crise financière – pas plus d’ailleurs que des régulations mineures, qui ont été jusqu’à présent la solution proposée par de nombreux économistes et hommes politiques aux crises bancaires. Les problèmes actuels posés par la banque sont profondément ancrés dans le système financier. Un changement de fond est nécessaire, et certains économistes en reviennent à des propositions de réformes radicales qui avaient été élaborées il y a des décennies. Cependant, si d’anciennes théories restent porteuses de précieux enseignements, nous constatons que les solutions anciennes ne parviennent pas à résoudre les problèmes que connaît la banque aujourd’hui.

Déçus par la manière dont ces derniers sont actuellement abordés, nous avons décidé d’écrire ce livre. Le défi s’est révélé redoutable : la difficulté tient au caractère insaisissable de la pratique bancaire, en raison de son caractère protéiforme. En généralisant, nous avons pu identifier les techniques financières de base communes à toutes ces formes – appliquées aussi bien par les orfèvres du Moyen Âge que par les gestionnaires des banques d’investissement d’aujourd’hui. Nous avons abouti à la conclusion que, si la pratique bancaire était un mode d’organisation rationnel du système financier à l’ère industrielle, elle échappe désormais à tout contrôle avec l’essor des technologies de l’information. La crise financière de 2007‐2008 a été une conséquence inévitable des pratiques bancaires à l’ère numérique. Mettre en lumière les défauts du système bancaire actuel n’est qu’une première étape. L’objet principal de ce livre est de montrer comment restaurer un système financier fonctionnel. On ne soulignera jamais assez l’importance de l’organisation de ce système. Celle‐ci influe sur la stabilité, la productivité et la justice distributive de l’économie. C’est la raison pour laquelle la majeure partie de cet ouvrage est consacrée à esquisser un système financier adapté à l’ère numérique. Bien que Pourquoi les banques vont disparaître ? soit avant tout un ouvrage destiné à nos collègues des sphères économiques et financières, tout lecteur intéressé peut en suivre l’argumentaire. Nous avons évité autant que possible le jargon du métier, et expliqué la banque et ses problèmes de manière non technique. Il n’en reste pas moins que la lecture de ce livre est un véritable voyage intellectuel, et nous recommandons à ceux qui n’ont pas de bagage économique ou financier de le lire du début à la fin. Ce livre est le fruit d’une longue réflexion et nous avons choisi ce titre pour une bonne raison. Une fois que l’on a compris le potentiel de transformation de la révolution numérique, les manières traditionnelles d’organiser le système financier ne paraissent en effet plus viables. En appeler à la fin de la banque peut sembler présomptueux ; nous espérons vous convaincre entre ces pages que cela est en réalité nécessaire.

Un système financier sans banque est à la fois souhaitable et possible. S’il fut un temps où les opérations bancaires étaient une activité utile qui remplissait des fonctions économiques essentielles, la révolution numérique a changé la donne. La banque a échappé à tout contrôle car les technologies de l’information ont rendu inefficace la réglementation du secteur. La crise financière de 2007‐2008 a présagé une époque nouvelle d’activité bancaire sans entraves. Mais les effets de la révolution numérique sur le système financier sont doubles : désormais, non seulement nous avons perdu le contrôle des banques, mais nous n’avons plus besoin d’elles. Les technologies de l’information offrent des possibilités nouvelles qui rendent la pratique bancaire traditionnelle superflue. La fin de la banque marquera l’avènement d’un système financier moderne. Prôner la disparition de la banque peut sem‐ bler trop simpliste pour résoudre les problèmes actuels du système financier. Cette impression est probablement due à une définition trop vague des activités bancaires. Certains qualifient par opérations bancaires toutes les activités pratiquées par les banques ; d’autres y voient un faisceau de services financiers, tels que la gestion d’actifs ou la garantie de l’émission de titres. Quant à nous, nous adoptons une perspective macroéconomique et définissons les opérations bancaires comme la création de monnaie par le crédit. Cela peut paraître étrange à ceux qui ne sont pas familiers de ce domaine : qu’ils se rassurent, nous allons expliquer les pratiques bancaires en grand détail. Pour l’heure, il importe de garder à l’esprit que la banque, l’activité bancaire, ne se limite pas aux institutions que nous appelons « banques ». La banque n’est pas un modèle économique mais une manière d’organiser le système financier.

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