Attention, SFR et sa maison mère Altice, dirigée par Patrick Drahi, sont entrés en zone de turbulence. Depuis une semaine, la Bourse semble lâcher l’empire des télécoms bâti sur une dette faramineuse de 51 Mds€. Tentative d’électrochoc. Jeudi soir, et après avoir perdu en une semaine 36 % de sa capitalisation à la Bourse d’Amsterdam — là où l’entreprise est cotée —, le groupe Altice a tenté d’enrayer sa chute en annonçant un plan choc : le départ de Michel Combes, son directeur général et PDG de SFR depuis août 2015, remplacé par l’homme de média Alain Weill, et le retour de Patrick Drahi, fondateur et premier actionnaire du groupe, aux commandes du navire amiral. Insuffisant, jugent les investisseurs, le titre a encore perdu hier 3,38 %. En une semaine, la capitalisation boursière du groupe a fondu de 4 Mds€. Des pertes d’abonnés en France… Tout a débuté vendredi 3 novembre, avec la publication des résultats du troisième trimestre de SFR. Victime, selon un communiqué officiel, de «l’agressivité commerciale à long terme» de ses concurrents, il n’a gagné que 16 000 abonnés au mobile mais — surtout — perdu encore 75 000 clients sur l’Internet fixe. Le chiffre d’affaires a reculé de 1,3 % en un trimestre, à 2,7 Mds€. De quoi inquiéter les marchés financiers. Car, avec un endettement massif, le groupe est dans l’obligation d’avoir des flux de trésorerie importants. Mais pas question pour lui de changer de cap, à savoir, notamment, continuer à proposer des contenus («Libération», «l’Express»), parfois exclusifs (la Premier League de football) à ses abonnés Internet fixe et mobile. «La stratégie est bonne, il faut laisser du temps», glisse un proche du dossier. D’autant, insiste-t-il, que «les grosses échéances financières de remboursement de la dette n’arriveront qu’en 2022». Le groupe promet d’améliorer sa stratégie commerciale, notamment en simplifiant et clarifiant les offres. … Mais une activité lucrative aux Etats-Unis. Pourtant, Altice ne se porte pas si mal. Son choix de s’implanter aux Etats-Unis, où il réalise 8,2 Mds€ de chiffre d’affaires (contre 11 milliards pour SFR), était bon, puisque l’activité a progressé en un an de 3,4 %. «En France, le panier moyen d’un abonné, c’est 25 €, explique un expert. Aux Etats-Unis, c’est 125 € ! Le business est très rentable !» Patrick Drahi tente d’ailleurs depuis cet été d’y renforcer sa présence en tentant de racheter le câblo-opérateur Charter, pour 175 Mds€, selon des estimations de la chaîne CBS. Étonnant dévissage. L’appétit de Patrick Drahi pour les rachats d’entreprises à crédit (SFR, «l’Express», BFM, Suddenlink, «l’Optimum»…) a fait douter certains experts de son sérieux. Malgré tout, l’effondrement boursier en une semaine d’un groupe aussi colossal en étonne plus d’un. Selon un spécialiste du secteur : «C’est à se demander si certains ne veulent pas la peau de Drahi.»

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